Un photographe immortalise le peloton au km 5. Un drone filme le départ vu du ciel. Un bénévole poste une vidéo live sur Instagram. Un parent retrouve son enfant de 12 ans identifiable sur la page Facebook de votre course.
Chacune de ces situations soulève une question juridique précise. Et en tant qu’organisateur, c’est vous qui portez la responsabilité de ce qui est capté et diffusé lors de votre événement.
Le droit à l’image lors d’une course à pied se situe à la croisée du Code civil, du RGPD et de la réglementation aérienne. Pas de panique : les règles sont claires, à condition de les connaître.
Le cadre juridique : article 9 du Code civil
Le droit à l’image découle de l’article 9 du Code civil : “Chacun a droit au respect de sa vie privée” (source : Légifrance, article 9 Code civil). La jurisprudence a étendu ce principe à l’image : toute personne dispose d’un droit exclusif sur sa propre image et peut s’opposer à sa captation, sa conservation et sa diffusion sans consentement.
Mais ce droit n’est pas absolu. Il se heurte à deux libertés fondamentales :
- La liberté d’information : le public a le droit d’être informé sur des événements d’actualité
- La liberté de création artistique : un photographe peut documenter un événement public
C’est cette tension qui rend le sujet complexe pour les organisateurs de courses. La ligne de démarcation ? L’individu isolé versus la foule.
Photos de groupe vs photos individuelles : la distinction clé
L’exception “événement public”
Une course sur la voie publique est un événement ouvert à tous. La jurisprudence admet que la publication d’images représentant une foule de coureurs — un peloton, un départ groupé, une ambiance de course — ne nécessite pas d’autorisation individuelle, à condition que personne ne soit isolé ou mis en avant de manière spécifique (source : Victoris Avocat, droit à l’image dans le sport).
Concrètement :
- Photo du peloton au départ → pas de consentement requis (scène d’ensemble)
- Photo d’ambiance avec spectateurs en arrière-plan → pas de consentement requis
- Vidéo du parcours filmé en plan large → pas de consentement requis
Quand le consentement devient nécessaire
Dès qu’un individu est isolé, cadré de manière identifiable ou mis en situation personnelle, le droit à l’image s’applique pleinement :
- Portrait serré d’un coureur à l’arrivée (expression faciale, émotion visible)
- Photo d’un coureur en difficulté (malaise, blessure, détresse)
- Image utilisée à des fins commerciales (publicité pour un sponsor, affiche de la prochaine édition)
- Gros plan d’un spectateur identifiable
Dans ces cas, vous devez obtenir une autorisation écrite avant toute diffusion. Un photographe professionnel expérimenté connaît ces limites ; un bénévole enthousiaste, beaucoup moins.
“Photographier la fête, oui. Exhiber la souffrance d’un coureur au km 38 sur votre page Facebook, non.”
Le cas spécifique des mineurs
Une protection renforcée par la loi
Depuis la loi du 19 février 2024, le droit à l’image des enfants mineurs est expressément consacré dans le Code civil, à l’article 372-1 : “Les parents protègent en commun le droit à l’image de leur enfant mineur” (source : Légifrance, loi n° 2024-120).
Pour les courses jeunes, les courses enfants ou les animations famille que vous organisez en marge de votre événement principal, cela signifie :
- Autorisation parentale obligatoire pour toute photo ou vidéo où un mineur est identifiable individuellement
- Les deux parents doivent consentir (sauf acte usuel, article 372-2 du Code civil)
- L’enfant lui-même doit être associé à la décision, selon son âge et sa maturité
En pratique
Intégrez une clause d’autorisation parentale dans le formulaire d’inscription des courses jeunes. Formulez-la clairement :
“J’autorise / Je n’autorise pas la captation et la diffusion de l’image de mon enfant [nom, prénom] dans le cadre de la communication de [nom de la course] (site web, application mobile, réseaux sociaux, supports imprimés).”
Conservez ces autorisations avec les dossiers d’inscription. Si un parent refuse, marquez le dossard de l’enfant pour que les photographes puissent l’identifier (un système de gommette colorée fonctionne bien).
Drone et captation aérienne : la double réglementation
Filmer votre course par drone produit des images spectaculaires. Mais la captation aérienne est soumise à deux réglementations distinctes.
Réglementation aérienne (DGAC)
Le survol de rassemblements de personnes par un drone est interdit par défaut. Pour filmer votre départ ou votre parcours, le pilote doit obtenir une autorisation préfectorale spécifique et respecter des distances de sécurité strictes (source : Gendarmerie nationale, drone et événements sportifs).
Exigez de votre prestataire drone :
- Son attestation de formation (brevet de pilote)
- Sa déclaration d’exploitation auprès de la DGAC
- L’autorisation préfectorale de survol
- Son assurance responsabilité civile
Protection des données (CNIL / RGPD)
Un drone équipé d’une caméra qui filme des personnes identifiables constitue un traitement de données personnelles au sens du RGPD. La CNIL précise que l’information des personnes filmées et le floutage des visages font partie des mesures de conformité attendues (source : CNIL, drone et vie privée).
En pratique, si vos images drone restent en plan très large (vue d’ensemble du parcours, paysage), les coureurs ne sont pas individuellement identifiables et le risque est faible. En revanche, un survol à basse altitude qui permettrait d’identifier des visages exige les mêmes précautions qu’une photo au sol.
Diffusion sur votre appli et vos réseaux sociaux
Les règles de diffusion
Avoir capté une image en toute légalité ne signifie pas que vous pouvez la diffuser partout sans restriction. Chaque canal de diffusion a ses spécificités :
| Canal | Points de vigilance |
|---|---|
| Application mobile | Précisez dans vos CGU que des photos de l’événement seront publiées. Proposez un mécanisme de signalement pour demander le retrait d’une photo. |
| Site web | Même logique : mentions légales + formulaire de contact pour exercice du droit d’opposition. |
| Facebook / Instagram | Attention aux photos individuelles : un portrait partagé sur un réseau social a une portée potentiellement virale. Vérifiez le consentement. |
| Presse / médias | Les photos transmises aux médias bénéficient de l’exception d’information, mais seulement dans un contexte éditorial, pas publicitaire. |
| Usage commercial | Affiche, flyer, publicité : autorisation écrite obligatoire de chaque personne identifiable. |
Le droit d’opposition après diffusion
Un coureur se reconnaît sur une photo publiée dans votre appli événementielle et souhaite la faire retirer ? Vous devez traiter cette demande dans un délai raisonnable. Prévoyez un canal simple (email, formulaire dans l’appli) et formez vos community managers à réagir rapidement.
C’est un avantage de centraliser votre communication dans une application dédiée : vous maîtrisez la diffusion, vous pouvez retirer une image en quelques clics, et vous gardez une trace des demandes. Contrairement à une photo postée sur un groupe Facebook ouvert, où le contrôle est quasi impossible.
Reconnaissance faciale : la ligne rouge
L’affaire PhotoRunning de 2025 a posé un jalon clair. L’utilisation de la reconnaissance faciale pour retrouver automatiquement les photos d’un coureur à partir de son visage est soumise à des conditions extrêmement strictes. L’article 9 du RGPD classe les données biométriques parmi les données sensibles, et leur traitement est interdit sauf exceptions limitées — dont le consentement explicite (source : Cyberjustice Blog, reconnaissance faciale et courses à pied).
Si votre photographe officiel propose un service de reconnaissance faciale pour que les coureurs retrouvent leurs photos, vérifiez que :
- Chaque coureur donne un consentement explicite et préalable (pas une case pré-cochée dans le règlement)
- Les données biométriques sont supprimées après identification
- Aucun traitement n’est effectué sur les personnes qui n’ont pas consenti (spectateurs, accompagnants)
Dans le doute, préférez un système de recherche par numéro de dossard — efficace et juridiquement sûr.
Bonnes pratiques : votre checklist image
Avant la course
- Intégrer une clause droit à l’image dans le règlement de la course
- Prévoir une case séparée “autorisation image” dans le formulaire d’inscription
- Collecter les autorisations parentales pour les courses jeunes
- Contractualiser avec le photographe officiel : propriété des images, usages autorisés, durée de conservation
- Vérifier les autorisations du prestataire drone (DGAC + assurance)
- Informer les bénévoles et photographes amateurs des règles
Le jour J
- Afficher des panneaux “Événement photographié et filmé” aux points clés (départ, arrivée, ravitaillements)
- Briefer les photographes : pas de gros plans sur des coureurs en difficulté, pas de photos d’enfants isolés sans vérification
- Identifier les dossards “pas de photo” (course enfants)
Après la course
- Vérifier les photos avant publication : pas de contenu dégradant, pas de mineurs isolés non autorisés
- Publier les photos sur des canaux que vous maîtrisez (votre application Runify, votre site web) plutôt que sur des plateformes tierces
- Mettre en place un canal de signalement pour les demandes de retrait
- Supprimer les rushes bruts non utilisés dans un délai raisonnable
Protégez votre événement et respectez vos coureurs
Le droit à l’image n’est pas un frein à la communication de votre course. Au contraire : un cadre clair rassure vos participants, professionnalise votre événement et vous protège juridiquement. Les coureurs veulent se retrouver en photo — ils veulent juste avoir le choix.
Centraliser la diffusion dans une application mobile dédiée vous donne le contrôle : vous choisissez ce qui est publié, vous pouvez retirer une image en un clic, et vous respectez les droits de chacun. Demandez une démo de Runify pour découvrir comment gérer simplement la communication visuelle de votre course.
Cet article fait partie de notre Guide pour organisateurs de courses. Retrouvez tous nos conseils pour réussir votre événement running.